Nos investissements contribuent à définir l’avenir dans lequel nous évoluerons. Photo: NASA

Le pouvoir des actifs: rende­ment et réputation

Les actifs gérés par les fondations s’élèvent à environ 100 milliards de francs suisses. Avec les rendements obtenus, elles remplissent des objectifs d’utilité publique. Mais qu’advient-il des actifs eux-mêmes?

Engagé pour le bien commun. «Évidem­ment, les fonda­ti­ons doivent gérer l’argent avec vigi­lance et profes­si­on­na­lisme», déclare Tizian Fritz. «Toute­fois, cela impli­que plus que de simp­les paramè­tres finan­ciers. Il n’est ni justi­fia­ble ni raisonnable – surtout compte tenu de l’exonération fiscale, qui corre­spond à un rende­ment supp­lé­men­taire des inves­tis­se­ments – de ne pas tenir compte de l’objectif de la fonda­tion dans les stra­té­gies d’investissement», dit-il. Tizian Fritz a co-publié une nouvelle étude sur la ques­tion des consé­quen­ces des acti­vi­tés d’investissement qui corre­spon­dent à l’objectif de la fonda­tion, inti­tulée «Beyond Soci­ally Respon­si­ble Inves­t­ing: Effects of Mission-Driven Port­fo­lio Selec­tion». Le Swiss­Foun­da­tion Code est du même avis: «La gestion des actifs doit soute­nir l’objectif de la fonda­tion ou ne doit pas aller à son encontre, de quel­que manière que ce soit.» Ce Code est un guide pour les fonda­ti­ons dona­tri­ces. Il se concentre sur la fonda­tion dans son ensem­ble, y compris les inves­tis­se­ments. «En parti­cu­lier lorsqu’elle gère ses actifs, une fonda­tion d’utilité publi­que doit être consci­ente qu’elle ne doit accep­ter aucun effet néfaste sur la commun­auté dans l’ensemble de ses acti­vi­tés. Au contraire, elle doit exami­ner quels sont les inves­tis­se­ments qu’elle peut utili­ser pour géné­rer des effets dura­bles, augmen­tant ainsi son impact global.» Des études du Center for Phil­an­thropy Studies (CEPS) ont montré qu’environ la moitié des orga­ni­sa­ti­ons inter­ro­gées incluai­ent leur objec­tif dans leur gestion d’actifs.

Inves­tir judicieusement

Michael Spal­ding, Head of Client Rela­ti­ons, membre du comité exécu­tif d’Ethos
Tizian Fritz, co-auteur, Byond Soci­ally Respon­si­ble Inves­t­ing CEPS 2019

Michael Spal­ding, Head of Client Rela­ti­ons et membre de la direc­tion d’Ethos, estime lui aussi qu’une stra­té­gie d’investissement doit être adap­tée à l’objectif de la fonda­tion. Les fonda­ti­ons encou­ragent les acti­vi­tés d’investissement dura­ble qui préser­vent à long terme les inté­rêts de la société dans son ensem­ble. La plupart des actifs sous gestion provi­en­nent de fonds de pension, et seule­ment quel­ques-uns de fonda­ti­ons. «La ques­tion se pose de savoir si les fonda­ti­ons doivent simple­ment se conten­ter d’investir leurs actifs ou si elles doivent en plus les inves­tir de manière judi­cieuse. Le cas éché­ant, que signi­fie inves­tir judi­cieu­se­ment?» s’interroge-t-il. Même si chaque inves­tis­seur devrait se poser cette ques­tion, Michael Spal­ding recon­naît que les fonda­ti­ons ont une responsa­bi­lité parti­cu­lière en la matière. Le conseil de fonda­tion doit se saisir de la ques­tion et discu­ter fonda­men­ta­le­ment de diver­ses ques­ti­ons stra­té­giques. Que veut-il obte­nir avec les fonds inves­tis à part un rende­ment et que peut-il éviter? Pour Michael Spal­ding, la ques­tion que tout conseil de fonda­tion devrait se poser est la suivante: «Est-ce que je veux avoir une influence posi­tive sur l’environnement écono­mi­que dans lequel j’investis? Est-ce que je veux exer­cer mes droits et mes possi­bi­li­tés en tant qu’investisseur actif et responsable par le biais des droits de vote et de l’engagement?

Avoir un impact

Si une fonda­tion veut produire un impact avec ses inves­tis­se­ments, on parle alors d’investissement à impact social ou impact invest­ment. Outre des rende­ments posi­tifs, cette acti­vité d’investissement vise à avoir un impact posi­tif sur l’environnement et la société. Les inves­tis­se­ments directs apportent une contri­bu­tion quan­ti­fia­ble à la réali­sa­tion de l’objectif de la fonda­tion. Cela se fait géné­ra­le­ment au moyen d’instruments finan­ciers non cotés. Cela signi­fie que les inves­tis­se­ments sont réali­sés dans des entre­pri­ses et des insti­tu­ti­ons qui ne sont pas cotées en bourse. L’impact invest­ment se situe donc entre les inves­tis­se­ments tradi­ti­onnels axés sur le rende­ment et les dons phil­an­thro­pi­ques. Cette stra­té­gie d’investissement est parti­cu­liè­re­ment adap­tée aux fonda­ti­ons. L’approche du mission inves­t­ing va encore plus loin que l’impact inves­t­ing. «L’idée de la mission d’investissement est d’utiliser l’objectif même de la fonda­tion comme ligne direc­trice centrale pour évaluer les risques et les rende­ments de l’investissement finan­cier, égale­ment en termes quali­ta­tifs», expli­que Tizian Fritz. Les fonda­ti­ons peuvent ainsi mettre en œuvre leurs objec­tifs plus effi­ca­ce­ment. Deux facteurs permet­tent d’atteindre cet objec­tif. d’une part, en exclu­ant certa­ins titres, la fonda­tion peut préve­nir les conflits d’objectifs et s’assurer que ses acti­vi­tés d’investissement ne finan­cent pas quel­que chose qui met en péril l’objectif de la fonda­tion. D’autre part, elle peut renforcer son impact avec des critères de sélec­tion posi­tifs. Elle peut inves­tir direc­te­ment dans des entre­pri­ses ou des projets qui sont compa­ti­bles avec son objec­tif. De cette façon, elle obti­ent un impact quan­ti­fia­ble. Ce deuxième facteur ne doit pas être appli­qué à l’ensemble du porte­feuille. À ce sujet, Tizian Fritz déclare: «Dans la mesure où l’objectif de la fonda­tion sert de ligne direc­trice pour struc­tu­rer le proces­sus d’investissement, on peut alors égale­ment parler de mission inves­t­ing si une partie seule­ment des inves­tis­se­ments est inves­tie confor­mé­ment à cet objectif.»

Une stra­té­gie d’investissement cohérente 

Une stra­té­gie d’investissement fondée sur l’objectif de la fonda­tion peut avoir un effet néga­tif sur le rende­ment. L’étude de Tizian Fritz et de Georg von Schnur­bein montre par exemple que les fonda­ti­ons qui inves­tis­sent dans le secteur social et des soins de santé ou dans la protec­tion de l’environnement ont eu un rende­ment finan­cier plus faible dans le passé. Cepen­dant, Tizian Fritz souli­gne qu’une évalua­tion limi­tée à cet aspect n’est pas suffi­sante. «La perfor­mance des inves­tis­se­ments finan­ciers dans le contexte des orga­ni­sa­ti­ons d’utilité publi­que ne devrait pas et ne peut pas être évaluée uniquement sur la base de leur rende­ment finan­cier. Ne pas tenir compte de l’objectif de l’organisation lors de l’évaluation des perfor­man­ces et des risques d’investissement n’est pas raisonnable ou justi­fié d’un point de vue écono­mi­que.» Il suggère que le fait de lais­ser certai­nes entre­pri­ses en dehors des inves­tis­se­ments réduit les risques maté­ri­els. Les inves­tis­se­ments dans une entre­prise qui va à l’encontre de l’objectif de la fonda­tion entraî­nent des risques considé­ra­bles pour la répu­ta­tion de cette dernière, ce qui, en cas de perte de confi­ance, peut entraî­ner un manque de reve­nus résul­tant d’une dimi­nu­tion de dons ou de cont­rats publics. Dans l’ensemble, les aspects posi­tifs l’emportent sur les aspects néga­tifs. Les fonda­ti­ons qui tien­nent compte de leur objec­tif dans leur stra­té­gie d’investissement peuvent démon­trer qu’elles s’acquittent de leur mission plus effi­ca­ce­ment. Tizian Fritz. «Cette sélec­tion permet non seule­ment de réduire les conflits d’objectifs propres à la fonda­tion, mais aussi de rendre le porte­feuille plus dura­ble sur la base des trois indi­ca­teurs stan­dards liés à l’environnement, au social et à la gouver­nance d’entreprise.»

Lukas von Orelli, direc­teur de la Fonda­tion Velux, prési­dent de SwissFoundations

La Fonda­tion Velux se concentre sur l’investissement à impact social. Elle gère près de 220 milli­ons de francs et inves­tit 10 pour cent de ses actifs dans des inves­tis­se­ments liés au climat. En outre, elle a l’intention de reti­rer progres­si­ve­ment tous ses inves­tis­se­ments liés aux combus­ti­bles fossi­les d’ici 2023. Elle exclut égale­ment les liens avec les armes et le tabac. «Pour les inves­tis­se­ments en bourse, nous effec­tuons un scree­ning ESG», expli­que Lukas von Orelli. ESG est l’abréviation de «Envi­ron­men­tal, Social and Gover­nance» (envi­ron­ne­ment, social et gouver­nance). «Dans le cas du capi­tal-inves­tis­se­ment, c’est-à-dire des inves­tis­se­ments en dehors de la bourse, la règle ESG est une condi­tion à remplir pour inves­tir.» Lukas von Orelli est direc­teur de la fonda­tion Velux et prési­dent de Swiss­Foun­da­ti­ons, l’organisation faîtière des fonda­ti­ons d’utilité publi­que. Cette dernière vient de publier le Rapport bench­mark 2019, qui cons­acre sa théma­tique prin­ci­pale à la gouver­nance. «Les fonda­ti­ons qui ont pris part à notre enquête sont bien posi­ti­onnées en termes de gouver­nance», déclare Lukas von Orelli, prési­dent de Swiss­Foun­da­tion. Selon l’évaluation des résul­tats, la trans­pa­rence et l’introduction de régle­men­ta­ti­ons en matière d’investissement sont des aspects qui peuvent être améliorés. 

Répar­ti­tion des investissements

Le Rapport bench­mark four­nit des infor­ma­ti­ons et des chif­fres sur la gestion des actifs des fonda­ti­ons d’utilité publi­que. Le porte­feuille moyen de fonda­ti­ons dona­tri­ces, comme le montre le rapport 2019, se compose d’environ 40 pour cent d’actions. Cette valeur fluc­tue peu. D’après Lukas von Orelli, «Au cours de ce derniè­res années, il a grimpé jusqu’à 46 pour cent». Le rapport couvre 34 fonda­ti­ons suis­ses dona­tri­ces de tail­les diver­ses, pour une fortune totale de 12,7 milli­ards de francs. La propor­tion de liqui­di­tés et d’obligations est un peu plus faible que celle des actions. Les fonda­ti­ons inves­tis­sent les quel­que 20 pour cent restants dans l’immobilier et les inves­tis­se­ments alter­na­tifs tels que les matiè­res premiè­res ou les fonds spécu­la­tifs. Les peti­tes fonda­ti­ons ont la plus forte propor­tion d’obligations et de liqui­di­tés et la plus faible propor­tion d’actions. Les fonda­ti­ons de taille moyenne ont investi près de la moitié de leurs actifs dans des actions. Par rapport aux fonds de pension, les fonda­ti­ons dona­tri­ces parti­ci­pan­tes présen­tent une propor­tion légè­re­ment plus élevée d’actions et de place­ments alter­na­tifs. Bien que cela augmente les perspec­ti­ves d’un meil­leur rende­ment, cela augmente égale­ment le risque. Face notam­ment aux faibles taux d’intérêt, les inves­tis­seurs doivent réflé­chir à la manière dont les rende­ments peuvent encore être atteints. La fonda­tion Velux s’est penchée sur la ques­tion et a adapté sa stra­té­gie d’investissement. «Nous avons effec­ti­ve­ment pris plus de risques», expli­que Lukas von Orelli. Mais la fonda­tion déve­lo­ppe aussi systé­ma­ti­quement les inves­tis­se­ments illi­qui­des (capi­tal-inves­tis­se­ment, immo­bi­lier, dette privée, infra­struc­tures et bois).

Des taux d’intérêt négatifs

Le contexte de taux d’intérêt néga­tifs rend diffi­cile l’obtention de rende­ments. Cepen­dant, cette situa­tion ne semble guère poser de problè­mes aux fonda­ti­ons. L’Autorité fédé­rale de surveil­lance des fonda­ti­ons (ASF) affirme qu’elle n’a pas constaté jusqu’à présent d’augmentation du nombre de fonda­ti­ons qui aurai­ent été en diffi­culté en raison de la situa­tion des marchés finan­ciers. Néan­mo­ins, cela peut consti­tuer un enjeu de taille pour une fonda­tion qui ne peut travail­ler qu’avec le retour sur inves­tis­se­ment pour atteindre son objec­tif. Au lieu de pour­suivre une stra­té­gie d’investissement plus risquée, dans une telle situa­tion, l’ASF recom­mande que le conseil de la fonda­tion demande plutôt une modi­fi­ca­tion des statuts afin de pouvoir égale­ment travail­ler avec le patri­moine. «L’ASF considère que c’est une meil­leure façon de procé­der plutôt que d’opter pour une stra­té­gie d’investissement risquée», déclare un porte-parole de l’ASF, ajou­tant: «Le conseil de fonda­tion ne peut mettre en danger les biens de la fonda­tion par négli­gence. En cas de dépas­se­ment du pouvoir discré­ti­on­n­aire, il est responsable des pertes.» Dans le passé, l’ASF conseil­lait aux fonda­ti­ons de suivre les critères de réfé­rence appli­qués aux fonds de pension. Aujourd’hui, elle ne réitère plus cette recom­man­da­tion. Les fonda­ti­ons sont libres de choi­sir comment elles veulent inves­tir leur argent. Toute­fois, le conseil de fonda­tion est responsable des actifs de la fonda­tion et donc aussi des risques liés à la stra­té­gie d’investissement.

Forma­tion ou tech­no­lo­gies envi­ron­ne­men­ta­les: avec des inves­tis­se­ments ciblés en fonc­tion de leur objec­tif, les fonda­ti­ons peuvent avoir un impact important.

Les peti­tes fondations

85 pour cent des fonda­ti­ons en Suisse ont un capi­tal infé­ri­eur à cinq milli­ons de francs suis­ses. Si une petite fonda­tion ne travaille qu’avec le rende­ment de ses actifs, ses possi­bi­li­tés finan­ciè­res sont propor­ti­on­nel­le­ment mode­s­tes. En raison de ces faibles montants, elles recher­chent des formes de coopé­ra­tion. Dans ce cas, les fonda­ti­ons faîtiè­res peuvent être une option. Elles offrent des plate­for­mes acti­ves permet­tant aux fonda­teurs de créer des sous-fonda­ti­ons avec leur propre objec­tif d’utilité publi­que. «Les phil­an­thro­pes optent pour une sous-fonda­tion lors­que la créa­tion d’une fonda­tion est trop consé­quente pour eux et un don, pas assez», expli­que Fran­çois Geinoz. Le prési­dent de proFonds est aussi le direc­teur de la fonda­tion Limmat depuis 1990. Lors de sa créa­tion en 1972, tous les éléments essentiels d’une fonda­tion faîtière étai­ent déjà fixés dans les statuts. Au fil des ans, les avan­ta­ges de cette struc­ture sont deve­nus évidents. Fran­çois Geinoz: «À mon avis, on créé trop de fonda­ti­ons, prati­quement une par jour. Dans de nombreux cas, une co-affec­ta­tion ou un fonds dédié serait la meil­leure option, plus effi­cace et moins coûteuse.» Les fonda­ti­ons faîtiè­res offrent égale­ment des avan­ta­ges en termes de place­ments. Si elles le souhai­tent, diffé­ren­tes sous-fonda­ti­ons peuvent regrou­per leur patri­moine dans une fonda­tion faîtière. Cela permet non seule­ment de réduire les frais et les coûts, mais aussi d’accroître les possi­bi­li­tés et l’efficacité des inves­tis­se­ments. Les peti­tes sous-fonda­ti­ons peuvent donc égale­ment parti­ci­per à des inves­tis­se­ments auxquels elles n’auraient pas eu accès autre­ment. «Dans la fonda­tion Limmat, nous propo­sons différ­ents porte­feuilles d’investissement, par exemple des obli­ga­ti­ons, des actions suis­ses, des actions à l’échelle mondiale, des biens immo­bi­liers… et les comi­tés des sous-fonda­ti­ons peuvent déter­mi­ner eux-mêmes la répar­ti­tion de leurs inves­tis­se­ments entre ces portefeuilles». 

Place finan­cière et nature: le comporte­ment d’investissement a un impact qui va au-delà de la place financière.

Certai­nes fonda­ti­ons faîtiè­res ont été créées à l’initiative de banques. Fran­çois Geinoz cite les fonda­ti­ons faîtiè­res du Credit Suisse, mais aussi celles des banques privées Reich­muth et Lombard Odier. D’autres fonda­ti­ons faîtiè­res ont été créées par certa­ins phil­an­thro­pes ou encore dans le cadre d’activités de conseil à but non lucra­tif. Aujourd’hui, il y en a envi­ron 25 en Suisse. «Sur la base d’une étude portant sur dix gran­des fonda­ti­ons faîtiè­res, nous esti­mons le volume de finance­ment par fonda­tion faîtière à 4,5 milli­ons de francs par an», déclare Fran­çois Geinoz. 

Andreas Wieser, direc­teur de la Berner Dach­stif­tung (fonda­tion faîtière bernoise), gérée par le groupe Graf­fen­ried, voit égale­ment les avan­ta­ges en termes de gestion de fortune: en gérant conjoin­te­ment les actifs des sous-fonda­ti­ons ou des fonds, des syner­gies peuvent être géné­rées dans la gestion des actifs. Les fonda­teurs peuvent ainsi béné­fi­cier d’une gestion profes­si­on­nelle des actifs et de coûts réduits grâce aux diver­ses mutua­li­sa­ti­ons. Cela laisse plus d’argent pour la pour­suite de leur objec­tif.» Le centre de compé­ten­ces du groupe von Graf­fen­ried souti­ent la Fonda­tion faîtière de Berne depuis sa créa­tion. Elle existe depuis 50 ans sous le nom offi­ciel de Fontes-Stif­tung. Dans le cadre du déve­lo­p­pe­ment de la Fontes-Stif­tung, elle est deve­nue une fonda­tion faîtière sous la marque Berner Dach­stif­tung. «La fonda­tion faîtière orga­nise la direc­tion profes­si­on­nelle, la gestion de fortune, la comp­ta­bi­lité, l’audit, le report­ing à l’autorité de surveil­lance, etc. pour toutes les sous-fonda­ti­ons et tous les fonds», déclare Andreas Wieser. «En outre, une exoné­ra­tion fiscale est possi­ble pour les sous-fonda­ti­ons et les fonds si la fonda­tion faîtière est exoné­rée d’impôt et si leurs objec­tifs respec­tifs concordent.»

Assu­mer ses responsabilités

Andreas Wieser, direc­teur de la Berner Dach­stif­tung, Von Graf­fen­ried Gruppe
Fran­çois Geinoz, direc­teur géné­ral de la Limmat­stif­tung, prési­dent de proFonds

Créée en 1957 par un entre­pre­neur zurichois, la fonda­tion Ernst Göhner montre comment un conseil de fonda­tion peut assu­mer ses diver­ses responsa­bi­li­tés. Depuis sa créa­tion, elle a soutenu plus de 30 000 projets phil­an­thro­pi­ques et déboursé près de 580 milli­ons de francs suis­ses. Il s’agit d’une fonda­tion dona­trice d’utilité publi­que. Elle souti­ent des projets dans les domaines de la culture, de l’environnement, des affai­res socia­les, de l’éducation et des scien­ces. Elle a un carac­tère aussi bien entre­pre­neu­rial que phil­an­thro­pi­que et fami­lial. «D’après l’acte de fonda­tion, les actifs de la Fonda­tion Ernst Göhner doivent être gérés selon des critères entre­pre­neu­riaux et avec une initia­tive entre­pre­neu­riale, ce qui inclut notam­ment le finance­ment de socié­tés asso­ciées», expli­que Suzanne Schenk, direc­trice géné­rale adjointe de la Fonda­tion Ernst Göhner. En plus de ces exigen­ces, l’activité d’investissement est déter­mi­née par des critères de dura­bi­lité. La préser­va­tion des emplois et du savoir-faire en Suisse fait partie de cette acti­vité d’investissement dans la mesure où les inves­tis­se­ments sont axés sur des entre­pri­ses basées en Suisse et présen­tant un potentiel important de créa­tion de valeur. «Dans un avenir proche, le conseil de fonda­tion trai­tera égale­ment la ques­tion des inves­tis­se­ments à impact social», déclare Suzanne Schenk. «La fonda­tion fait une distinc­tion fonda­men­tale entre ses acti­vi­tés entre­pre­neu­ria­les et ses acti­vi­tés d’utilité publi­que». Toute­fois, certa­ins projets d’utilité publi­que sont finan­cés dans le cadre des acti­vi­tés entre­pre­neu­ria­les de la fonda­tion, tels que les projets d’infrastructure d’écoles suis­ses à l’étranger. Cela s’explique notam­ment par l’ancienne parti­ci­pa­tion à la société inter­na­tio­nale Panal­pina Welt­trans­port (Holding) AG, aujourd’hui DSV Panal­pina A/S, dont les cadres et leurs famil­les dépen­dent de ces écoles pendant leurs missi­ons profes­si­on­nel­les à l’étranger. La fonda­tion souti­ent égale­ment divers projets dans le domaine de la promo­tion de la forma­tion profes­si­on­nelle duale en Suisse.

Un volume de subs­i­des stable grâce à la diversification

Un autre aspect important est la recher­che de diver­si­fi­ca­tion: les actifs de la fonda­tion sont large­ment diver­si­fiés. Ils sont consti­tués de place­ments en actions, de place­ments immo­bi­liers et de place­ments finan­ciers. Depuis que la fonda­tion a été restruc­tu­rée il y a dix ans, elle comprend égale­ment deux filia­les déte­nues à 100 pour cent. Cette struc­ture permet une gestion profes­si­on­nelle des inves­tis­se­ments. «En plus de ses trois conseils, la fonda­tion a la possi­bi­lité de nommer deux admi­nis­tra­teurs exter­nes et indé­pen­dants ayant une exper­tise et un réseau adap­tés à ces entre­pri­ses. Les deux filia­les sont chacune prési­dées par l’un des membres du conseil de notre fonda­tion», expli­que Suzanne Schenk. Malgré cette large diver­si­fi­ca­tion, les rende­ments peuvent fluc­tuer. «Toute­fois, le conseil déter­mine le volume des subs­i­des de telle sorte que ces fluc­tua­tions n’aient pas d’effet sur nos acti­vi­tés de finance­ment à des fins d’utilité publique.» 

Taux d’intérêts bas: quel risque une fonda­tion peut-elle prendre en matière d’investissements?

La décis­ion appar­tient au conseil de fondation

Susanne Schenk, direc­trice géné­rale adjointe, Fonda­tion Ernst Göhner

La plupart des fonda­ti­ons n’ont pas les possi­bi­li­tés de la fonda­tion Ernst Göhner. Le conseil de fonda­tion assume toute­fois les responsa­bi­li­tés. Michael Spal­ding note qu’il n’est pas rare que les conseils de fonda­tion considè­rent les actifs de leur orga­ni­sa­tion comme un simple moyen d’atteindre les objec­tifs; ils ne croi­ent pas que malgré le volume rela­ti­ve­ment faible, beau­coup peut encore être réalisé par l’investissement ou le dialo­gue. «Les conseils de fonda­tion doivent être consci­ents que leurs inves­tis­se­ments ont un impact et qu’ils peuvent et doivent assu­mer cette responsa­bi­lité», dit-il. L’expérience de 20 ans d’Ethos confirme qu’un inves­tis­seur peut avoir un impact important. «Toute fonda­tion qui fixe des objec­tifs respons­ables pour ses inves­tis­se­ments obti­ent ainsi un impact social», déclare Michael Spal­ding. Lors­que les inves­tis­seurs unis­sent leurs forces et forment un groupe qui déti­ent plus­ieurs points de pour­cen­tage du capi­tal social d’une entre­prise, on peut perce­voir une influence posi­tive. Quelle que soit la stra­té­gie, Tizian Fritz souti­ent qu’avant tout, les membres de conseil des fonda­ti­ons restent respons­ables. Ce sont eux qui connais­sent le mieux l’objectif et les valeurs de leur fonda­tion. «La traduc­tion de ce système de valeur en critères d’investissement devrait initia­le­ment se faire de façon auto­nome ou en concer­ta­tion avec d’autres orga­ni­sa­ti­ons ou asso­cia­ti­ons simi­lai­res, mais dans tous les cas, indé­pen­dam­ment du gesti­on­n­aire d’investissement», dit-il. Tout au plus, l’organisation dispose d’un comité d’investissement qui possède égale­ment une exper­tise dans ce domaine. Toute­fois, le gesti­on­n­aire d’actifs peut par la suite appor­ter une aide précieuse dans la mise en œuvre effec­tive. Tizian Fritz recom­mande cepen­dant de fixer les critères dans les règle­ments de place­ment. L’affectation des inves­tis­se­ments ne dépend pas de la taille de la fonda­tion. De précé­den­tes études du CEPS mont­rent que ce n’est pas la taille, mais le degré de profes­si­on­na­li­sa­tion qui déter­mine la prise en compte de l’objectif de la fonda­tion dans les investissements.