Le pays des fondations

Le Liechtenstein, un acteur philanthropique de premier plan grâce à ses conditions-cadres légales et à sa localisation.

Avec l’entrée en vigueur du nouveau droit des fonda­ti­ons le 1er avril 2009, ce dernier a été retra­vaillé au Liech­ten­stein. L’un des éléments clés était la mise en œuvre d’un système inno­vant de gouver­nance interne et externe, afin de conci­lier la surveil­lance effi­cace des fonda­ti­ons et les exigen­ces prati­ques des fonda­ti­ons. Depuis, toutes les fonda­ti­ons d’utilité publi­que sont surveil­lées par l’Autorité natio­nale de surveil­lance des fonda­ti­ons (STIFA). Celle-ci contrôle notam­ment la bonne orga­ni­sa­tion des fonda­ti­ons et garan­tit la bonne utili­sa­tion de leurs actifs. En revan­che, les fonda­ti­ons d’utilité privée sont en prin­cipe soumi­ses à une gouver­nance interne, qui peut être complé­tée par d’autres orga­nes et éléments facul­ta­tifs. Il est égale­ment possi­ble que les fonda­ti­ons d’utilité privée soient soumi­ses au contrôle externe de la STIFA.

Pour les fonda­ti­ons d’utilité publi­que, l’exonération de l’assujettissement à l’impôt sur le béné­fice consti­tue un autre avan­tage en matière de loca­li­sa­tion, dans la mesure où elles peuvent appor­ter la preuve qu’elles pour­suivent exclu­si­ve­ment et irré­vo­ca­blem­ent des objec­tifs d’utilité publi­que. La syner­gie entre la surveil­lance effi­cace des fonda­ti­ons et les avan­ta­ges fiscaux crée un cadre attrac­tif pour l’action phil­an­thro­pi­que et d’utilité publi­que. Cela se reflète d’une part dans l’excellente évalua­tion du Liech­ten­stein en tant qu’acteur phil­an­thro­pi­que dans le Global Phil­an­thropy Envi­ron­ment Index (GPEI) 2025, un projet de recher­che de la Lilly Family School of Phil­an­thropy de l’université de l’Indiana. L’objectif est d’évaluer les condi­ti­ons-cadres juri­di­ques et fisca­les, ainsi que d’autres facteurs décisifs pour l’action phil­an­thro­pi­que. D’autre part, le nombre de fonda­ti­ons d’utilité publi­que au Liech­ten­stein est resté constant ces derniè­res années et augmente même actu­el­le­ment (à fin 2024). Elles sont 1398 au total. En compa­rai­son, la Suisse, dont la popu­la­tion est 225 fois plus élevée que celle du Liech­ten­stein, en comp­tait 13 722 à la même époque, soit envi­ron dix fois plus de fonda­ti­ons d’utilité publi­que actives.

Une autre possi­bi­lité d’aménagement parti­cu­lière est la «segmen­tierte Verbands­per­son» (SV, «personne asso­cia­tive segmen­tée»), qui a été implé­men­tée dans le droit du Liechs­ten­stein sur le modèle de la Protec­ted Cell Company (PCC). Il ne s’agit pas d’une forme juri­di­que indé­pen­dante, mais d’une possi­bi­lité d’aménagement struc­tu­rée pour les enti­tés juri­di­ques existan­tes au Liechs­ten­stein. Elle permet de subdi­vi­ser l’organisation en segments distincts, appelés «cellu­les». Chaque segment dispose de ses propres actifs, indé­pen­dants des autres segments et du noyau de l’organisation. La responsa­bi­lité est elle aussi segmen­tée, de sorte que les droits des tiers sont géné­ra­le­ment limi­tés aux actifs du segment concerné. Les actifs du noyau et des autres segments sont ainsi proté­gés. Les différ­ents segments n’ont pas de person­na­lité juri­di­que propre, car l’ensemble de la «personne asso­cia­tive segmen­tée» la conserve.

Au Liech­ten­stein, cette segmen­ta­tion ouvre la possi­bi­lité d’une fonda­tion faîtière codi­fiée et renta­ble pour des projets d’utilité publi­que au sein des différ­ents segments juri­di­quement distincts. Contrai­re­ment au modèle de fonda­tion faîtière en Suisse et en Alle­ma­gne, la codi­fi­ca­tion de la SV permet une véri­ta­ble sépa­ra­tion des responsa­bi­li­tés. Par exemple, de petits projets peuvent être déta­chés de l’engagement plus important d’une fonda­tion et déve­lo­p­pés de manière auto­nome. Ces projets sont gérés par un noyau commun, ce qui permet de parta­ger les ressour­ces et de créer des synergies. 

Grâce à sa capa­cité d’innovation juri­di­que, à son attrac­ti­vité fiscale et à sa liberté de concep­tion pratique, le Liech­ten­stein offre un cadre opti­mal pour l’engagement d’utilité publi­que. Les nombreu­ses fonda­ti­ons du Liechs­tent­ein profi­tent de ces avan­ta­ges pour promou­voir des projets effi­caces sur le plan social. Cela va de l’intégration sociale, soute­nue par exemple par la Hilti Foun­da­tion, aux initia­ti­ves dans le domaine de la protec­tion du climat et de la dura­bi­lité écolo­gi­que, soute­nues par la fonda­tion pour le climat LIFE Liechtenstein.


À propos:
Alex­an­dra Butter­stein est profes­seure de droit des socié­tés, des fonda­ti­ons et des trusts. Elle est égale­ment doyenne de la Liech­ten­stein Busi­ness Law School et membre du recto­rat de l’Université de Liech­ten­stein. Elle est en outre co-direc­trice scien­ti­fi­que du Master of Laws en droit des socié­tés, des fonda­ti­ons et des trusts à l’Université de Liech­ten­stein, entre autres. Dans ses acti­vi­tés de recher­che, d’enseignement et de conseil, elle s’est spécia­li­sée notam­ment dans les ques­ti­ons actu­el­les du droit des socié­tés, du droit des fonda­ti­ons et du droit des trusts.