Photos: CC-BY-NC-ND: Armin Rist and Lukas Munz, zVg

Fonder le savoir

Une promotion de la recherche tout en souplesse

La forma­tion et le savoir sont les bases d’une parti­ci­pa­tion active à la société. Les fonda­ti­ons font la promo­tion de la recher­che de pointe tout comme de la forma­tion initiale via des subsi­des, des distinc­tions, un réseau et du coaching en s’impliquant en faveur des person­nes concer­nées en Suisse et dans le monde.

«Les subven­ti­ons sont néces­saires pour la recher­che, mais pas suffi­san­tes», souli­gne Rudolf Aeber­sold, profes­seur à l’EPF et à l’Université de Zurich. «Le facteur décisif d’une recher­che couron­née de succès est l’homme, c.-à‑d. les cher­cheurs et les étudi­ants», ajoute ce spécia­li­ste en biolo­gie des systè­mes. L’année dernière, la Fonda­tion Marcel Benoist lui a attri­bué le prix scien­ti­fi­que suisse du même nom. Elle remet cette distinc­tion depuis 1920.

Les travaux de recher­che récom­pen­sés doiv­ent avoir un inté­rêt pour la société dans son ensem­ble. Ce prix bien établi aujourd’hui est considéré comme le «prix Nobel suisse». À juste titre: «Onze lauréats du prix Marcel Benoist ont reçu le prix Nobel par la suite, le dernier en date étant le profes­seur Michel Mayor, astro­nome, en 2019», précise Auré­lia Robert-Tissot, la secré­taire de la fondation.

Des instru­ments efficaces

La fonda­tion a été créée en 1920. Marcel Benoist, fils d’une famille pari­si­enne de la grande bour­geoi­sie, meurt de la variole en 1918. Ce phil­an­thrope doté d’une grande curio­sité a vécu princi­pa­le­ment à Lausanne après 1914 et légué la majeure partie de sa fortune à la Confé­dé­ra­tion suisse, à la condi­tion qu’un prix de la recher­che scien­ti­fi­que soit attri­bué chaque année. Depuis le repo­si­ti­on­ne­ment de la fonda­tion en 2018, un comité d’évaluation composé d’experts inter­na­tion­aux propose d’attribuer le prix à une candi­date ou à un candi­dat. C’est le Conseil de fonda­tion qui procède au choix défi­nitif de la lauréate ou du lauréat. Siègent en son sein des repré­sen­tants des univer­si­tés suis­ses et des Écoles Poly­tech­ni­ques Fédé­ra­les ainsi que l’ambassadeur de France en Suisse. Le Conseil est présidé par Guy Parme­lin, le chef du Dépar­te­ment fédé­ral de l’économie, de la forma­tion et de la recher­che. Outre la dota­tion du prix d’un montant de 250 000 francs, cette distinc­tion offre une visi­bi­lité accrue à ses lauréats. Ainsi, d’après Auré­lia Robert-Tissot: «Cela peut ouvrir des portes auprès d’acteurs import­ants de la recher­che, de l’économie et de la société.» Rudolf Aeber­sold renché­rit: «Les prix et les distinc­tions sont en tout état de cause des instru­ments effi­caces pour rendre acces­si­ble à un large public le progrès scien­ti­fi­que et sa signi­fi­ca­tion pour la société. Cette commu­ni­ca­tion a une import­ance majeure puis­que c’est fina­le­ment la popu­la­tion, c.-à‑d. le contri­bu­able, qui porte la recherche.»

Un finan­ce­ment de base existant

En Suisse, la recher­che est finan­cée avant toute chose par des aides d’État. Dans l’étude «La phil­an­thro­pie pour la science», le Center for Phil­an­thropy Studies (CEPS) de l’Université de Bâle a mis en évidence que l’Université de Bâle était finan­cée à 70% par l’État. A contra­rio, l’Université améri­caine John Hopkins ou l’Université anglaise d’Oxford ne reçoiv­ent aucun finan­ce­ment d’État. Le profes­seur Georg von Schnur­bein, direc­teur du CEPS et co-auteur de l’étude, constate que ce rapport n’a pas fonda­men­ta­le­ment changé aujourd’hui.

«En Europe, notam­ment en Europe conti­nen­tale, le finan­ce­ment des univer­si­tés est princi­pa­le­ment le fait de l’État. Aux USA, en revan­che, les meilleu­res univer­si­tés privées sont finan­cées par des dons.» Les rela­ti­ons envers les dona­tri­ces et les dona­teurs sont donc différents. Aux USA, il existe des atten­tes envers les citoy­ennes et les citoy­ens aisés, notam­ment envers les anci­ens étudi­ants. «Les person­nes qui ont les moyens doiv­ent contri­buer finan­ciè­re­ment à la recher­che», souli­gne Georg von Schnur­bein. En Suisse, c’est diffé­rent. Un finan­ce­ment de base existe. La recher­che géné­rale est assu­rée. Les dona­tri­ces et les dona­teurs peuvent donc davan­tage faire connaître leur propre vision des choses. «Les hautes écoles peuvent quant à elles collec­ter des dons de manière ciblée afin de mieux atteindre leurs objec­tifs stra­té­giques», ajoute Georg von Schnur­bein. Cela a des consé­quen­ces pour les différents cher­cheurs, qui accè­dent ainsi à diffé­ren­tes solu­ti­ons de finan­ce­ment. Pour Rudolf Aeber­sold, les cher­cheurs suis­ses sont dans une situa­tion privi­lé­giée puisqu’ils peuvent béné­fi­cier de différents orga­nis­mes de promo­tion tels que le Fonds natio­nal suisse (FNS), mais aussi de fonda­ti­ons et de dons. Les orga­nis­mes de promo­tion tels que le FNS donnent accès aux subven­ti­ons de manière trans­pa­rente et équi­ta­ble. Les fonda­ti­ons sont quant à elles plus foca­li­sées sur une zone géogra­phi­que ou sur un thème parti­cu­lier, mais aussi plus souples quant à l’attribution des subsi­des. «Dans l’idéal, les subven­ti­ons publi­ques et privées se complè­tent», estime-t-il, «et cela fonc­tionne plutôt bien en Suisse». La colla­bo­ra­tion est essen­ti­elle pour un envi­ron­ne­ment de recher­che attrac­tif. Cela ne vaut pas unique­ment pour la question du finan­ce­ment. «Dans les scien­ces du vivant tout parti­cu­liè­re­ment, la recher­che utilise de plus en plus des tech­no­lo­gies et des métho­des de trai­te­ment des données ne pouvant être suppor­tées par une seule équipe de recher­che ou une seule insti­tu­tion», souli­gne Rudolf Aeber­sold. «Les fonda­ti­ons peuvent contri­buer à amélio­rer l’attractivité de sites de recher­che en contri­buant de manière prévoyante à la mise en rela­tion et à la forma­tion des cher­cheurs ou au déve­lo­p­pe­ment de l’infrastructure.»

Essai de sépa­ra­tion solide-liquide de Paul Berclaz à l’EPFL.
Photo: Paul Berclaz, Gior­gio von Arb, zVg
Recher­che sur le maoïsme: Cyril Cordoba, de l’Université de Lausanne, s’immerge dans ce thème.
Photo: Cyril Cordoba, zVg

Un réseau compétent

La mise en rela­tion et l’accompagnement des cher­cheurs sont deux des quali­tés carac­té­ri­sant le travail de la Fonda­tion Synap­sis – Recher­che Alzhei­mer Suisse (RAS) en plus de son enga­ge­ment finan­cier. La fonda­tion souti­ent la recher­che sur la mala­die d’Alzheimer et d’autres mala­dies neuro­dé­gé­né­ra­ti­ves dans les univer­si­tés et les hautes écoles suis­ses. Chaque année un appel public à la soumis­sion de projets de recher­che est lancé.

Depuis 2018, la fonda­tion invite en outre des cher­cheu­ses et des cher­cheurs subven­ti­onnés à un événe­ment scien­ti­fi­que, comme l’explique Heide Marie Hess. La respons­able de la promo­tion de la recher­che et de la commu­ni­ca­tion nous donne des préci­si­ons: «Nous souhai­tons encou­ra­ger la mise en réseau et le partage des connais­san­ces. De nouvel­les idées de coopé­ra­tion entre cher­cheurs émer­gent régu­liè­re­ment ici.» Les membres du conseil scien­ti­fi­que parti­ci­pent égale­ment à l’événement.

Celui-ci est composé d’experts inter­na­tion­aux et est respons­able de la sélec­tion des projets de recher­che. L’expertise de ses membres venant d’horizons divers permet d’évaluer les deman­des soumi­ses de manière fondée et objec­tive. Le conseil peut en outre appor­ter son soutien avant la déci­sion d’attribution. «Il peut arri­ver que le conseil considère un projet comme parti­cu­liè­re­ment inno­vant mais que la demande présente certains manque­ments sur le plan formel», ajoute Heide Marie Hess. Dans ce cas, le cher­cheur reçoit un retour détaillé lui permet­tant de soumettre une nouvelle demande ou lui donnant la possi­bi­lité de four­nir des infor­ma­ti­ons complé­men­taires. Des conta­cts utiles sont égale­ment trans­mis. Grâce à ses vastes acti­vi­tés de finan­ce­ment et à son conseil de haut niveau, la Fonda­tion Synap­sis s’est étab­lie en Suisse comme promo­trice majeure de la recher­che dans le domaine des mala­dies neuro­dé­gé­né­ra­ti­ves. «Les profes­seurs nous connais­sent», souli­gne Heide Marie Hess. En témoig­n­ent les cinquante deman­des de subven­tion effec­tuées auprès de la fonda­tion en 2021.

Un reporting limpide

«La répu­ta­tion de Synap­sis et le travail du conseil scien­ti­fi­que sont égale­ment signi­fi­ca­tifs pour les dona­tri­ces et les dona­teurs», souli­gne Barbara Rütti­mann. Elle est respons­able de l’Institutional Fund­rai­sing et des Major Donors. En effec­tu­ant un reporting régu­lier et en donnant la possi­bi­lité de rencon­trer les cher­cheurs, Synap­sis montre de manière trans­pa­rente l’affectation réser­vée aux dons. Il s’agit là d’arguments import­ants pour la colla­bo­ra­tion avec d’autres fonda­ti­ons cari­ta­ti­ves. Lorsque des fonds sont restés inuti­li­sés à l’issue d’un projet, la Fonda­tion Synap­sis demande leur resti­tu­tion. Elle peut ainsi garan­tir une utili­sa­tion conforme à la volonté des donateurs.

Barbara Rütti­mann le souli­gne: «Nous accom­pa­gnons étroi­te­ment les cher­cheurs. C’est une carac­té­ri­stique du fonc­tion­ne­ment de notre travail. Cela fait notre succès.» L’issue d’un projet va égale­ment de pair avec une «auto­ré­gu­la­tion». «Une fois le projet terminé, les cher­cheurs concer­nés ne sont pas auto­ri­sés à dépo­ser une nouvelle demande avant un an», expli­que Heide Marie Hess. Cela évite que les subven­ti­ons soient toujours attri­buées aux mêmes équi­pes de recher­che. «Nous risquer­i­ons de promou­voir toujours la même stra­té­gie de recher­che et de ne donner aucune chance à d’autres équi­pes», dit-elle. Il est logi­que d’éviter cela. En effet, ce qui provo­que le déclen­che­ment de la mala­die d’Alzheimer est toujours en grande partie inconnu. De nouvel­les appro­ches de recher­che sont suscep­ti­bles de faire avan­cer le décodage de ses méca­nis­mes sous-jacents. La fonda­tion fait égale­ment une promo­tion ciblée des jeunes cher­cheurs. «Il n’est pas toujours facile pour les post-doctor­ants visant un poste de chef d’équipe ou de profes­seur assi­stant d’obtenir des subven­ti­ons pendant cette phase de tran­si­tion. Nous voulons combler cette lacune», souli­gne Heide Marie Hess. «Nous souhai­tons ainsi atti­rer de jeunes cher­cheurs talen­tueux pour la recher­che sur les mala­dies neurodégénératives.»

Arseny Sokolov en est un exemple. Ce neuro­lo­gue a reçu en 2020 un Career Deve­lo­p­ment Award de la part de la Fonda­tion Synap­sis. Celui-ci avait pour objet de lui permettre d’obtenir un poste de profes­seur. Il a atteint cet objec­tif à l’Université de Lausanne dès juil­let 2021. Son étude démarre en paral­lèle. «Notre projet de recher­che étudie la valeur de jeux vidéos sérieux pour évaluer les défi­cits cognitifs en cas de démence», explique-t-il.

L’accent est mis sur l’évaluation et la réédu­ca­tion dans la phase précoce des démen­ces. Des clini­ques de Nice, Berne, Lausanne et San Fran­cisco sont impli­quées. «Les données sur ces métho­des basées sur la tech­no­lo­gie sont encore peu nombreu­ses», dit-il. Il serait pour lui merveil­leux que ce projet permette de combler cette lacune. Il est impres­si­onné par l’approche de la fonda­tion en matière de soutien à la recher­che. «Les échan­ges ont été très étroits dès le début. Les conseils prodi­gués par le conseil de fonda­tion sont excellents», souli­gne-t-il. Cette recher­che produit des effets. La recher­che sur la démence est en effet un important thème social. La recher­che médi­ca­men­teuse dispose de moyens finan­ciers tandis que la recher­che sur la réédu­ca­tion en est encore à ses balbu­tie­ments. «Synap­sis a iden­ti­fié la perti­nence et le poten­tiel de ce champ de recher­che auquel l’OMS se cons­acre désor­mais acti­ve­ment via un groupe d’experts auquel nous participons.»

Une souplesse au-delà des conventions

Dès ses études, Arseny Sokolov s’est intéressé à la manière dont le cerveau se régé­nère suite à une lésion. Il a conti­nué à se passi­on­ner pour ce champ de recher­che en Cali­for­nie. À San Fran­cisco, il a été enthousi­asmé par l’interaction étroite entre la recher­che et l’industrie. La phil­an­thro­pie l’a égale­ment impres­si­onné. Mais c’est la qualité du site de recher­che qu’est la Suisse qui l’a convaincu et incité à prendre le chemin du retour. «La Suisse n’a pas besoin de faire profil bas en compa­rai­son inter­na­tio­nale», juge-t-il. «Les résul­tats de recher­che le mont­rent.» L’engagement de phil­an­thro­pes y contri­bue. «C’est primor­dial pour les idées inno­van­tes qui chan­gent le monde», estime Arseny Sokolov. «Elles permet­tent aux cher­cheurs d’adopter des appro­ches inno­van­tes et de déve­lo­p­per une dyna­mi­que qui néces­si­te­rait des décen­nies dans le cadre de program­mes de soutien tradi­ti­on­nels.» La Fonda­tion Synap­sis considère ses acti­vi­tés de finan­ce­ment comme complé­men­taires des aides d’État. «Nous ne pouvons malheu­re­u­se­ment pas attri­buer de finan­ce­ments de recher­che à haut­eur de ceux accor­dés par le Fonds natio­nal suisse», regrette Heide Marie Hess. «Mais nous sommes plus souples en matière d’attribution. Nous sommes en mesure de répondre de manière rapide et person­nali­sée aux besoins des cher­cheurs quand cela est utile et justi­fié, et nous essay­ons de combler des défi­cits de finan­ce­ment.» L’actuelle crise du coro­na­vi­rus met en évidence la souplesse et la faci­lité d’action des fonda­ti­ons. L’association Swiss­Foun­da­ti­ons a créé en coopé­ra­tion avec diffé­ren­tes fonda­ti­ons le fonds de forma­tion «Foun­da­tion For Future» parce que l’État n’avait pas prévu de solu­tion de soutien uniforme pour les étudiants.

«De nombreux étudi­ants se sont retrou­vés dans une situa­tion finan­cière très précaire parce qu’ils ont par exemple perdu les jobs qui leur permet­t­ai­ent subve­nir à leurs besoins. Ils risquent le suren­det­te­ment et, au pire, de devoir inter­rompre leurs études», expli­que Simon Merki, direc­teur de la fonda­tion EDUCA SWISS. Cette fonda­tion suisse œuvrant à la promo­tion et au finan­ce­ment de la forma­tion gère le fonds de forma­tion. Elle utilise les dons afin de soutenir les étudi­ants dans le besoin. En 2020, l’année de la crise, elle a comp­ta­bi­lisé pas moins de 1688 inscrip­ti­ons, ce qui corre­spond prati­que­ment au total des quatre années précédentes.

«Bien que la pandé­mie perde actu­el­lement du terrain et que les jobs d’étudiants revi­en­nent, le préju­dice écono­mi­que est encore loin d’être réparé», relève Simon Merki. «Grâce à ‹Foun­da­tion For Future›, les fonda­ti­ons dona­tri­ces suis­ses font tout leur possi­ble pour préser­ver ensem­ble l’égalité des chan­ces dans le secteur éducatif.»

Une stra­té­gie claire

Même si les fonda­ti­ons versent des subven­ti­ons essen­ti­el­les, l’État conti­nue d’avoir une influ­ence majeure sur l’orientation de la recher­che. Cela rela­ti­vise l’idée selon laquelle les grands dona­teurs serai­ent suscep­ti­bles de mettre en danger l’indépendance de la recher­che. Cela est apparu à l’occasion du don d’UBS de 100 milli­ons de francs suis­ses à l’Université de Zurich qui a fait sensa­tion en 2012. Sur le fond, Georg von Schnur­bein le considère comme tout à fait posi­tif. «Cela a permis de faire venir d’excellents scien­ti­fi­ques à Zurich. Les scien­ces écono­mi­ques zurichoi­ses compt­ent aujourd’hui parmi les meilleu­res d’Europe conti­nen­tale», estime-t-il. Les étudi­ants en béné­fi­ci­ent. «La recher­che de pointe a besoin aujourd’hui de finan­ce­ments exter­nes privés. Mais cela demeure un complé­ment par rapport à l’offre globale.» En sa qualité de direc­teur du CEPS, lui-même financé par des fonds de dota­tion, il connaît bien cette théma­tique. Il attire l’attention sur l’existence de struc­tures très nettes à l’institut et sur un point supplé­men­taire régu­lant la recher­che indé­pen­dante, à savoir le rôle régu­la­teur de la commu­n­auté scientifique.

«Quand je publie mes résul­tats de recher­che, je le fais dans une revue scien­ti­fi­que. Des cher­cheurs qui ne savent pas qui a rédigé l’article effec­tu­ent un examen par les pairs (peer review).» Cela garan­tit une évalua­tion indé­pen­dante des travaux scientifiques.

Collage «Brain­storm» de Stefan Sommer à l’EPF de Zurich. Le cher­cheur est allo­ngé dans le scan­ner et étudie dans le même temps son propre cerveau. | Photo: Stefan Sommer
«Recher­che sociale quali­ta­tive à la marge» dans le village de Koffikro, en Côte d’Ivoire, par Nadine Arnold, Univer­sité de Lucerne | Photo: Nadine Arnold, zVg

Égalité des chances

La Jacobs Foun­da­tion fait la promo­tion de la recher­che appli­quée à l’éducation et souti­ent des projets de forma­tion. Cette appro­che était celle de son dona­teur, Klaus J. Jacobs. Il considé­rait l’éducation comme ayant une import­ance majeure pour la société.

«Il a toujours su que ce serait la géné­ra­tion suiv­ante qui serait le moteur du chan­ge­ment en lui insuf­flant une nouvelle éner­gie», précise Alex­an­dra Günt­zer, Chief Commu­ni­ca­ti­ons Offi­cer de la fonda­tion. Il considé­rait l’éducation comme une clé permet­tant aux enfants et aux jeunes de deve­nir des membres de la société créa­tifs et produc­tifs. «Il était important pour lui que tous les enfants aient une éduca­tion de qualité, quelle que soit leur classe sociale et indé­pen­dam­ment de leur situa­tion fami­liale», dit-elle.

La Fonda­tion Stan­ley Thomas John­son se mobi­lise notam­ment pour ceux qui n’ont pas de forma­tion initiale à travers le projet «2e chance pour une 1re forma­tion». Celui-ci ne rentre pas dans les acti­vi­tés de finan­ce­ment de la fonda­tion, qui souti­ent la culture et la recher­che médi­cale en Suisse et au Royaume-Uni, mais une co-affec­ta­tion lui permet d’ouvrir la voie à 50 adul­tes du canton de Berne vers un emploi sur le marché du travail prima­ire grâce à une forma­tion initiale.

«Ces person­nes occup­ent souvent des emplois peu quali­fiés mal payés», expli­que Guido Münzel, le direc­teur de la fonda­tion. «Ce sont ces jobs qui sont les plus menacés pendant les crises.» Le projet s’entend comme complé­ment à l’aide d’État. «Nous n’intervenons qu’à titre subsi­di­aire», dit-il. Ce qui signi­fie: unique­ment lorsqu’il n’existe aucune autre solu­tion de finan­ce­ment. Ils ont toute­fois été obli­gés de réali­ser que les candi­dats n’avaient pas besoin unique­ment d’argent.

Il leur manque un soutien supplé­men­taire sous forme de coaching, par exemple, ou de prépa­ra­tion à l’école profes­si­on­nelle. La fonda­tion dona­trice est donc deve­nue promo­trice de ce projet. «Ce n’est pas ce que nous vouli­ons», précise Guido Münzel. «Dans le même temps, nous vouli­ons aider au mieux nos béné­fi­ci­ai­res.» Dans un souci d’efficacité, la fonda­tion a cher­ché à coopé­rer avec des insti­tu­ti­ons étab­lies et avec les auto­ri­tés canto­na­les. «Il s’est avéré que nous pour­sui­vi­ons les mêmes objec­tifs: inté­grer les travail­leurs au marché du travail prima­ire.» Guido Münzel estime que des oppor­tu­ni­tés existent en raison de la pénurie de main‑d’œuvre, par exemple dans le secteur de la santé. «Nous y voyons l’opportunité d’intégrer les person­nes parti­ci­pant à notre programme au marché du travail prima­ire.» La fonda­tion a sélec­tionné cette année 47 candi­da­tes et candi­dats parmi les 180 candi­da­tures reçues. 1,4 million de francs suis­ses a été budgété à cette fin. Ces prochains mois, il va s’agir de leur trou­ver à tous une place d’apprentissage pour août 2022. C’est déjà la troi­sième promo­tion. La Fonda­tion Stan­ley Thomas John­son vise néan­moins à s’en tenir unique­ment au finan­ce­ment. Guido Münzel est convaincu que si le programme fait ses preu­ves, il se trou­vera une commu­n­auté d’intérêt pour le poursuivre.

«The astro­no­mer» de Nico­las Blind, de l’Université de Genève, montre le rempla­ce­ment de compo­sants d’un télescope.
Le nivo­lo­gue Martin Schnee­beli, WSL, prélève un échan­til­lon de neige sur la glace de mer de l’Arctique.

La recher­che et plus encore

La Jacobs Foun­da­tion a fait évoluer son appro­che avec sa nouvelle stra­té­gie. «Nous avons commencé comme fonda­tion encou­ra­ge­ant la recher­che», raconte Nora Marke­tos. Les Klaus J. Jacobs Awards qu’elle attri­bue récom­pen­sent depuis 2009 des réali­sa­ti­ons excep­ti­on­nel­les de la recher­che et de la pratique pour le déve­lo­p­pe­ment de l’enfant et de l’adolescent.

Via son programme Jacobs Foun­da­tion Rese­arch Fellow­ship Program, la fonda­tion octroie des bour­ses de recher­che dans le monde entier aux cher­cheurs travail­lant sur les condi­ti­ons de déve­lo­p­pe­ment, d’apprentissage et de vie des enfants et des adole­scents. Ce faisant, elle souti­ent aussi bien la recher­che fonda­men­tale que la recher­che appliquée.

«Nous voulons finan­cer la recher­che là où il existe des lacu­nes», expli­que Laura Metz­ger, co-direc­trice de Lear­ning Minds. La fonda­tion mise à cette fin sur d’excellents cher­cheurs leaders dans leur domaine. Leurs orien­ta­ti­ons scien­ti­fi­ques font progres­ser les questi­ons de la Jacobs Foun­da­tion. «Au cours d’un proces­sus struc­turé, nous défi­nis­sons le thème princi­pal, actu­el­lement la modu­la­rité de l’apprentissage, et déter­mi­nons le besoin de connais­san­ces», précise Laura Metzger.

Les bour­siers du programme de la Jacobs Foun­da­tion béné­fi­ci­ent par ailleurs de la liberté scien­ti­fi­que. Cela a produit de nombreux résul­tats. Mais la Jacobs Foun­da­tion ne voulait pas se limi­ter à subven­ti­on­ner la recher­che de pointe. Elle a déve­lo­ppé la stra­té­gie 2030. Citons Nora Marke­tos, co-direc­trice de Lear­ning Schools: «Nous vouli­ons trans­for­mer les résul­tats des recher­ches en inter­ven­ti­ons basées sur des faits et contri­buer ainsi à des chan­ge­ments systé­mi­ques.» Cette nouvelle stra­té­gie va condu­ire la Jacobs Foun­da­tion à inve­stir 500 milli­ons de francs suis­ses dans la recher­che et l’éducation d’ici à 2030, et ce, dans différents pays. La Côte d’Ivoire, la Suisse et depuis le début de l’année le Ghana compt­ent parmi les princi­paux pays énumé­rés par Nora Marke­tos. Un pays d’Amérique latine doit venir complé­ter ce porte­feuille. La fonda­tion s’appuie sur place sur un réseau de parten­aires et d’organisations travail­lant en étroite colla­bo­ra­tion. Les gouver­ne­ments sont forte­ment impli­qués. La banque mondiale, qui travaille acti­ve­ment dans le secteur de l’éducation dans les pays en déve­lo­p­pe­ment, est égale­ment un acteur majeur. Des ONG, des écoles et des entre­pri­ses privées sont égale­ment impli­quées dans les program­mes. Le programme Trans­for­ming Educa­tion in Cocoa Commu­nities (TRECC) le montre de manière exem­p­laire. La Jacobs Foun­da­tion veut offrir par cet inter­mé­di­aire une forma­tion de qualité en Côte d’Ivoire et contri­buer ainsi au chan­ge­ment éduca­tif. «Il est apparu clai­re­ment dans le cadre de ce programme que cela ne fonc­tionne qu’en coopé­ra­tion, et non sans», souli­gne Alex­an­dra Günt­zer. La nouvelle stra­té­gie va exac­te­ment dans cette direc­tion: son objec­tif est de faire colla­bo­rer les gouver­ne­ments, les ONG, les fonda­ti­ons, les orga­ni­sa­ti­ons de terrain et les person­nes privées ainsi que l’industrie elle-même.

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